Services à compétence nationale : l’État culturel ne peut plus être géré à l’économie
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Paris le 21 mai 2026
On parle souvent des grandes institutions culturelles françaises. Beaucoup plus rarement des services à compétence nationale du ministère de la Culture, pourtant indispensables à la continuité de l’action publique culturelle.
Archives nationales, musées nationaux relevant directement de l’État, services patrimoniaux, laboratoires de recherche et de restauration, centres de conservation, institutions de formation et services spécialisés : ces structures constituent une infrastructure stratégique pour la République.
Elles conservent la mémoire nationale, accueillent des millions de visiteurs, restaurent les œuvres et les collections, accompagnent la recherche scientifique, protègent les patrimoines, assurent la transmission des savoirs et rendent concrète, chaque jour, la promesse républicaine d’un égal accès à la culture.
Le Code du patrimoine rappelle d’ailleurs que la conservation, la protection et la transmission du patrimoine constituent une mission d’intérêt général.
Ces missions ne sont pas accessoires. Elles participent directement à la cohésion démocratique du pays.
Dans une période marquée par les fractures sociales, territoriales et informationnelles, les services publics culturels demeurent des lieux d’émancipation, d’esprit critique et de construction du commun. Ils permettent à l’État d’être présent partout, au-delà des métropoles et des logiques purement marchandes.
Ils constituent également un levier majeur de rayonnement international.
Le tourisme culturel représente près de la moitié des motivations de séjour des visiteurs étrangers en France. Les musées, monuments, archives, paysages culturels et institutions patrimoniales participent pleinement de l’attractivité économique du pays et de l’influence culturelle française à l’international. Derrière cette puissance culturelle se trouvent pourtant des milliers d’agentes et d’agents publics, véritables expert.es, investi.es et passionné.es par leurs missions : conservation, accueil, surveillance, médiation, restauration, administration…, dont le travail reste trop souvent invisibilisé.
Or la réalité est préoccupante.
Depuis plusieurs années, les schémas d’emploi imposés au ministère de la Culture fragilisent profondément les services à compétence nationale. Les suppressions ou gels de postes, le non-remplacement des départs, la précarisation des équipes et la perte progressive de compétences rares affaiblissent durablement les capacités d’action de l’État culturel.
Dans certains services, les effectifs diminuent alors même que les missions augmentent : hausse continue des publics, exigences accrues de sécurité, transition numérique, adaptation climatique des bâtiments patrimoniaux, développement des activités scientifiques et nécessité d’une médiation culturelle toujours plus ambitieuse.
Cette contradiction est de plus en plus insoutenable.
On ne peut pas demander aux agentes et agents de faire toujours plus avec toujours moins.
On ne peut pas célébrer partout « l’exception culturelle française » tout en organisant silencieusement l’affaiblissement de celles et ceux qui la rendent possible.
La question n’est plus uniquement budgétaire : elle est politique. Le budget de la culture ne représente même pas 1% du budget de l’Etat.
Quel modèle culturel voulons-nous pour la France ?
Un modèle où les services publics culturels deviennent progressivement des structures sous tension permanente, contraintes d’arbitrer entre accueil des publics, conservation des collections, sécurité des bâtiments et conditions de travail des équipes ?
Ou un modèle assumant enfin que la culture est un investissement démocratique, économique et stratégique ?
La CFDT Culture appelle aujourd’hui à un changement profond de cap.
Nous revendiquons :
· l’arrêt immédiat des suppressions d’emplois et des réductions d’effectifs dans les services à compétence nationale ;
· une révision des schémas d’emploi du ministère de la Culture afin de les adapter aux besoins réels des missions;
· un plan pluriannuel de recrutement et de transmission des compétences rares ;
· une politique ambitieuse de titularisation et de lutte contre la précarité ;
· des investissements massifs dans les bâtiments patrimoniaux, les équipements techniques et les outils numériques ;
· une réflexion nationale sur les modèles économiques des services publics culturels afin de garantir leur pérennité sans les soumettre à des logiques de rentabilité incompatibles avec leurs missions d’intérêt général.
Car derrière les chiffres budgétaires se joue une question essentielle : celle de la place que notre République entend encore accorder à la culture, à la connaissance et à la mémoire collective.
André Malraux écrivait : « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert.»
Encore faut-il donner aux services publics culturels et à leurs agentes et agents les moyens de cette conquête républicaine.
Communiqué de presse : CFDT-CULTURE
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